Suya : les brochettes nigérianes et leur galette de riz, la Masa

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Le Suya n’est pas simplement une brochette de viande ; c’est une institution culturelle.

Originaire du peuple Hausa dans le nord du Nigéria, ce plat a conquis toute l’Afrique de l’Ouest et est devenu le symbole de la cuisine de rue nocturne.

Sa particularité repose sur l’équilibre parfait entre la salinité des arachides et la chaleur piquante des épices traditionnelles, une combinaison qui crée une croûte aromatique irrésistible lors de la cuisson au feu de bois.

Traditionnellement préparé par des Mallams (bouchers-grilleurs experts), le Suya est cuit sur de grandes grilles en plein air.

La viande, tranchée en fines lamelles (3/4 mm), est marinée dans le Yaji — un mélange d’épices — puis grillée sur braises vives. On utilise habituellement le rumsteck ou le contre-filet.

Au Nigéria, le Suya est typiquement servi enveloppé dans du papier aluminium ou du journal, accompagné de rondelles d’oignon rouge cru et de tomates, qui apportent une touche de fraîcheur nécessaire pour équilibrer l’intensité du piment.

L’ingrédient qui distingue le Suya de toute autre brochette épicée est le Kuli-Kuli.

Traditionnellement, les arachides sont grillées, réduites en une pâte dense puis littéralement « pressées » pour en extraire l’huile. Il en reste une masse solide, sèche et pleine de goût qui est ensuite pulvérisée.

Et pour une expérience complète, le Suya se déguste avec la Masa (ou Waina), de délicieuses galettes de riz fermenté. Leur douce saveur et leur texture spongieuse sont le parfait complément à la saveur épicée et salée de la viande, faisant du plat un repas équilibré et riche en nuances.

Suya, Masa et Yaji
  • Difficulté: Facile
  • Coût: Moyen
  • Temps de préparation: 10 Minutes
  • Temps de cuisson: 8 Minutes
  • Portions: 6 pièces
  • Méthodes de cuisson: Barbecue
  • Cuisine: Africaine
  • Saisonnalité: Toutes saisons

Ingrédients

  • 150 g Kuli-Kuli (ou 150 g d'arachides grillées non salées)
  • 40 g gingembre
  • 15 g piment de Cayenne
  • 10 g paprika doux
  • 5 g ail en poudre
  • 5 g oignon en poudre
  • 5 g poivre Selim
  • 800 g boeuf en fines tranches (rumsteck ou contre-filet)
  • selon besoin huile d'arachide

Ustensiles

Pour le Suya préparé avec des brochettes en acier (qu’on appelle traditionnellement Tsirai chez les Hausa), la longueur recommandée est de 30 cm. Cette taille permet d’enfiler plusieurs bandes de viande.

  • Brochettes acier

Étapes

  • Kuli-Kuli : si tu n’as pas accès au produit nigérian original, voici la méthode pour l’obtenir :


    Torréfaction et broyage : Prends 150 g d’arachides grillées nature (sans sel). Mixe-les jusqu’à obtenir une pâte presque beurrée.
    Dégraissage (l’étape clé) : Enveloppe la pâte dans un torchon de coton propre et solide. Presse avec une force maximale pour extraire le plus d’huile possible. En alternative, étale la pâte entre plusieurs feuilles de papier absorbant et presse-la sous un poids pendant une heure.
    Séchage : Une fois la pâte devenue plus ferme et sèche, mets-la au four à 100°C pendant environ 15-20 minutes. Elle doit sécher sans brunir.
    Réduction en poudre : Une fois froide, mixe-la brièvement ou émiette-la au mortier. Tu obtiendras une farine d’arachide granuleuse et sèche : la base parfaite pour ton Yaji.

  • Préparation des brochettes : Si tu utilises des brochettes en bois, fais-les tremper dans l’eau pendant 1 heure.

    Marinade sèche : Mélange bien toutes les poudres du Yaji.
    Badigeonne chaque tranche de viande avec l’huile d’arachide.

    Enrobage : Passe la viande dans le mélange d’épices en pressant bien avec les mains pour que la poudre pénètre dans les fibres.

    Piquer : Enfile la viande sur les brochettes de façon compacte (façon accordéon). Laisse reposer 20-30 minutes à température ambiante pour faire adhérer le mélange.
    Une fois la viande enfilée « en accordéon », presse-la bien avec les mains si tu utilises une brochette en acier pour que la poudre Yaji forme une croûte compacte qui ne tombe pas pendant la cuisson.

    Grillage : Fais cuire sur des braises ardentes (ou sur une plaque très chaude) pendant 3-4 minutes de chaque côté. Ne pas trop cuire : l’intérieur doit rester juteux et l’extérieur croustillant.

    Finition : Dès la sortie du feu, saupoudre d’un peu de Yaji frais.

    Sers avec beaucoup d’oignon rouge cru coupé en rondelles épaisses et des tomates fraîches et/ou de la masa.

En plus du boeuf classique, il existe des versions avec abats (comme le foie ou le rognon) ou au poulet.


Au Ghana, une variante très similaire est connue sous le nom de Kyinkyinga.


Il existe des versions modernes qui utilisent le rub Suya pour assaisonner des champignons Portobello ou d’autres alternatives végétariennes

Recette de la Masa :

La galette traditionnelle qui accompagne le Suya s’appelle la Masa (ou Waina) et elle est sans gluten.

Elle est typique du nord du Nigéria (tradition Hausa) et est faite avec du riz fermenté. Elle a une texture croustillante à l’extérieur et moelleuse, presque spongieuse, à l’intérieur.


Voici la recette pour environ 15-20 galettes :

Ingrédients
Riz origine ou riz à grain court (ex. Arborio) : 400 g (il doit s’agir de riz non parboiled)
Riz cuit : 100 g
Levure sèche de boulanger : 7 g (1 sachet)
Sucre : 2 cuillères à soupe
Eau tiède : environ 250-300 ml.
Petit oignon : ½ (haché très fin)
Sel : ½ cuillère à café.
Bicarbonate de soude : ½ cuillère à café
Huile d’arachide

Préparation
Trempage : Lave le riz cru et laisse-le tremper dans l’eau pendant au moins 8 heures (ou toute la nuit). Égoutte-le bien.
Mixage : Mets dans le blender le riz trempé, le riz déjà cuit, le sucre, la levure et la moitié de l’eau. Mixe jusqu’à obtenir une pâte lisse et épaisse. Si elle est trop épaisse, ajoute le reste de l’eau.
Fermentation : Verse le mélange dans un grand bol, couvre avec un linge et laisse lever dans un endroit chaud pendant 2-4 heures. Il doit doubler de volume et présenter de nombreuses bulles à la surface.
Assaisonnement : Ajoute à la pâte levée le sel, l’oignon haché et le bicarbonate. Mélange délicatement.
Cuisson : La tradition voudrait une poêle spéciale avec des cavités hémisphériques (type pour takoyaki ou les ebleskiver), mais tu peux utiliser une poêle antiadhésive normale : chauffe un voile d’huile.
Verse de petites louches de pâte pour former des disques épais.
Fais cuire à feu moyen jusqu’à ce que les bords soient dorés et que des bulles apparaissent au centre.
Retourne et cuis l’autre face jusqu’à ce qu’elle soit bien dorée.

La Masa se sert chaude, saupoudrée d’un peu du mix Yaji restant et dégustée avec les brochettes de Suya, en alternant une bouchée de viande, une d’oignon cru et une de galette.

Masa, petite galette de riz

FAQ (Questions – Réponses)

  • La Masa ressemble à la recette indienne Idli ou Appam à base de riz fermenté, pourquoi ?

    La Masa est le plat emblématique du peuple Hausa, qui vit dans le nord du Nigéria.
    Cette région a été pendant des millénaires le cœur des routes transsahariennes.
    Les marchands musulmans voyageant entre le Moyen-Orient, l’Inde et l’Afrique de l’Ouest ont apporté avec eux ingrédients et techniques culinaires.
    La fermentation des céréales (mil, sorgho ou riz) était le moyen le plus ancien et sûr de conserver et de rendre les grains digestes sous les climats chauds.

    Dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Est, on prépare les Vitumbua (des pancakes à base de riz et de lait de coco, populaires dans la cuisine swahilie de Tanzanie et du Kenya), dont l’origine est directement liée aux contacts avec les marchands indiens. Dans le cas du Nigéria (Afrique de l’Ouest), le lien est moins direct géographiquement, mais reflète une matrice culinaire commune des peuples qui commerçaient avec le monde arabe et indien.

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